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L'inventaire Fantôme

L'inventaire Fantôme

Un film de Franck Dion

Copyright : © 2004 Les Armateurs/Cineberti/TEVA

Durée : 10’

Genre : Court métrage d’animation en volume

Nationalité : France

Cible : Adulte

Année de sortie : 2004

 

L’HISTOIRE
 
L’huissier Soms se rend chez un vieil homme qui collectionne des souvenirs dont plus personne ne veut. Dans l’appartement vide et misérable le fonctionnaire ouvre une porte dérobée et découvre un grenier gigantesque où sont entreposés des milliers d’objets. L’huissier entreprend alors un étrange inventaire…
 

Crédits

Producteur délégué : Didier Brunner
Producteurs associés : Eric Jacquot (Teva), Alek Goosse (Cineberti)
Coproducteurs : Les Armateurs / Cineberti / TEVA
Réalisation, scénario, storyboard, personnages et décors : Franck Dion
Musique : Pierre Caillet
Distribution salle France : L’Agence du Court Métrage
Distribution vidéo France : Chalet Pointu
Distribution Internationale : Premium Films
Diffusion TV : RTI, TV Man Union, Canal+ Belgique, TSR, TPS, Canal+ Pologne, Cinefil Imagica Japon, Italia Uno
 
Avec le soutien du Centre National de la Cinématographie, de la Région Poitou-Charentes et du Conseil Général de Charente

Voir un extrait

Entretien avec Franck Dion - Rèalisateur

A quand remonte cette aventure ?

Le début de cette aventure remonte à plus de dix ans, époque à laquelle j’ai écris un premier scénario : la Traversée de la nuit. Cette histoire racontait l’intimité plutôt cauchemardesque de l’huissier Soms (le personnage principal de L’inventaire fantôme) aux prises avec des problèmes d’insomnies.

 

Comment s’est déroulée la rencontre avec Didier Brunner ?

J’avais retenu le nom de Didier en 1997 lorsqu’il avait produit le film de Sylvain Chomet, La vieille dame et les pigeons, qui avait reçu le Grand prix du Festival d’Annecy. J’avais adoré ce film. Deux ans plus tard, je lui ai envoyé le script de "Avez-vous donc une âme" par la poste. Le lendemain, il m’a téléphoné et nous nous sommes rencontré. L’entretien a duré dix minutes. Il m’a juste demandé si je ne voyais pas d’inconvénients à ce qu’il produise mon film. J’avais trouvé un producteur !

 

En 2001, vous écriviez L’inventaire fantôme. Quels sont les évolutions par rapport au précédent scénario ?

Didier Brunner portait beaucoup d’intérêt à l’univers du projet mais moins au scénario qu’il m’a demandé de réécrire. Mis à part le personnage de l’huissier Soms et l’univers graphique, il n’y a plus vraiment de rapport entre l’inventaire fantôme et les scénarii précédents. L’histoire est devenue plus simple et plus concise.

 

Comment s’est déroulé le travail de storyboarding ?

Une fois le scénario écrit, j’ai travaillé durant un mois complet sur le découpage et le story board du film. C’était plus un travail de regroupement de notes et de dessins dans la mesure où j’avais déjà crayonné la majeure partie des plans lors de l’écriture.

 

Pendant deux mois, vous avez réalisé les dessins et les maquettes préparatoires du film. Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?

C’était un moment un peu angoissant où j’ai déterminé la manière dont allait s’organiser le travail durant la production du film. Comme j’avais l’habitude de travailler seul, il était impératif pour moi de bien me faire comprendre du reste de l’équipe. Je ne voulais surtout pas qu’il y ait de malentendus ! C’est la raison pour laquelle j’ai réalisé un dossier technique très complet qui comprenait les plans de toutes les marionnettes, accessoires et décors ainsi que des sculptures préparatoires.

 

Ensuite commencent les choses en grand puisque vous passez à la réalisation des décors et l’équipe s’agrandit ! Pouvez-vous nous expliquer une journée de travail classique ?

Entre la confection des moules, les tirages en résine, l’assemblage des structures en bois et la patine de l’ensemble des décors, la somme de travail était énorme ! Pour les besoins du film je voulais des décors surdimensionnés afin que le personnage se noie dans un environnement hostile et inquiétant. L’organisation du travail s’est faite alors par équipes. Certains s’occupaient de réaliser la structure des décors tandis que d’autres peignaient les éléments déjà construits. Pour ma part je passais le plus clair de mon temps à réaliser les sculptures et à répondre aux mille questions que l’on vous pose lorsque vous êtes réalisateur !

 

Le tournage quant à lui a duré plus de trois mois. Un travail éprouvant ?

Ce fût sans aucun doute la période la plus éprouvante du film. Les quatre animateurs se relayaient au rythme des trois huit. N’étant pas animateur moi-même (j’ai seulement réalisé les animations en 2D), chaque début du tournage d’un plan commençait par une séance d’explications où je donnais aux animateurs les indications de jeu et de mise en scène. Je les laissais ensuite faire leur travail en évitant d’être derrière leur dos, ce qui est plutôt stressant surtout lorsqu’on se lance dans une séance d’animation qui peut durer quinze heures ! Une fois leur animation terminée, ils réalisaient leur exposition sur ordinateur. La majeure partie du film a été réalisée à 12 images secondes, excepté les plans (peu nombreux) qui comportaient des mouvements de caméra, lesquels étaient tournés à 24 images seconde.

 

Initialement prévu pour être réalisé en HD, pourquoi le film a finalement été tourné avec un appareil photo numérique ?

Le fait de tourner avec un appareil photo numérique coûtait moins cher à la production plutôt que d’immobiliser une caméra HD pendant trois mois. Ce choix était d’autant plus judicieux que la définition même de l’image était meilleure et comme il n’était pas prévu de tourner des plans « live », nous avons renoncé à la HD.

 

Comment réalise-t-on des plans qui n’ont pas été tournés ?

C’est un travail d’assemblage et d’illustrations. Pour les plans qui n’ont pas été tournés à Angoulême j’ai récupéré des photographies des personnages que j’ai retravaillés puis animés un peu à la manière de pantins en papier découpés dans des décors peints sur Photoshop. D’autres plans ont nécessité une technique d’animation plus poussée qui s’apparentait à du vrai dessin animé.

 

En quoi consistait techniquement ce travail de retouche ?

Reprendre chaque plan du film pour compléter les décors (les verrières du grenier, des objets supplémentaires…) ajouter des sources de lumières, nettoyer les images qui comprenaient des défauts disgracieux et puis au final, travailler sur la saturation et la teinte de l’image afin d’obtenir une homogénéité globale. Ce procédé est très long car il consiste à reprendre chaque image du film sur Photoshop et de lui superposer une couche de peinture numérique. Bien sûr, certains calques sont ensuite réutilisés pour les images suivantes mais ce travail ne peut pas être totalement automatisé.

 

Pourquoi deux plans ont-ils nécessité l’utilisation de la 3D ?

Nous avons utilisé la 3D pour le plan où l’on voit les lunettes de Soms qui chutent au ralenti et pour l’animation d’un fauteuil qui bouge au milieu d’objets miniatures. Initialement ces éléments devaient être animés en stop motion mais le manque de temps pour réaliser une version animée de ces objets m’a incité à les faire réaliser en 3D. Les lunettes et le fauteuil ont été modélisés et animés par Mathilde Fabry, l’une des animatrices du film, sous 3ds max. Je me suis pour ma part occupé des textures. La maquette en volume du fauteuil a servi de modèle à Mathilde.

 

En quoi cette étape revenait-elle à faire un deuxième film ?

Dès l’écriture, le parti pris du film reposait sur une mixité technique qui mélangerait stop motion et 2D numérique. Ce qui m’intéresse dans ce type de manipulation graphique, c’est de tromper l’œil du spectateur afin qu’il ne puisse plus dissocier la peinture et le volume. Cela crée une homogénéité que je trouve essentielle à cet univers.

 

Au final, le film semble plus rapide que les dix minutes annoncées, pourquoi ?

Tant mieux pour ceux qui n’aiment pas le film ! Plus sérieusement je pense que le montage réalisé par Chantal Colibert Brunner a beaucoup dynamisé l’ensemble. L’animatique que j’avais réalisé avant le tournage (ani­mation du story board avec du son) était plus lent et jouait d’avantage sur les temps d’arrêts du personnage. Lorsque Chantal a monté le film, ­nous ne disposions pas du son définitif. Il nous était très difficile d’appréhender le rythme du film. Chantal est donc allée au plus juste. Elle a une vision des choses qui ressemble à l’idée que je me fais du rythme d’un film : pas de fioritures ni de longueurs inutiles !

 

Quelles conclusions tirez-vous de ce film ?

J’éprouve beaucoup de plaisir à avoir fait L’inventaire fantôme parce que j’ai réalisé le film que je voulais faire. De ce point de vue, c’est une aventure extraordinaire tant sur le plan humain qu’artistique.

Planches de storyboards